22/09/2007

Chats charmés.


c6Une nuit sans lune, fin novembre. Vingt-deux heures environ. L’homme gara la voiture sur l’aire de stationnement de la station-service, puis se dirigea d’un pas rapide  vers les lueurs chatoyantes qui crevaient l’obscurité ambiante.
Il avait faim et souhaitait un sandwich et un café chaud avant d’aborder l’heure et demie qui lui restait à rouler.
Il eut un regard distrait sur les voitures voisines de la sienne et ne vit pas le chat noir qui, sans bruit et tout en souplesse, sautait d’un capot à l’autre pour se cacher, ensuite, sous la carrosserie.
« Je me restaure en vitesse, et puis, non-stop, jusqu’à chez moi » pensa-t-il en poussant la porte.
A l’intérieur une musique de fond sirupeuse, celle qu’il avait coutume d’appeler « d’ascenseur » se diffusait doucereusement dans la pièce aux murs blancs et aux rayonnages débordants de produits polychromes qui attendaient le client.
Personne !
Il n’y avait personne.
Il ne l’a pas réalisé de suite. Il crut d’abord que l’endroit était désert comme on le dit quand il y a peu, très peu de monde, mais là, au fur et à mesure qu’il traversait la salle : personne !
Personne autour des rayons, près du distributeur de boissons, de billets, de la connexion internet.
A la caisse aussi… sauf ce chat qui, subrepticement, sauta sur une étagère haut-placée.

c7
Le téléphone sonna ce qui le fit sursauter et, en même temps, espérer qu’une présence se manifeste pour décrocher, répondre et témoigner d’une manière banale mais rassurante que la vie était bien présente.
Mais rien… Impuissante, la sonnerie stridente crevait le silence.
« C’est quoi ce foutoir ? Je psychote ou quoi ?... Pas possible ! »
Il s’approcha de la fenêtre et se mit à regarder le ruban de l’autoroute sur lequel les phares des voitures imprimaient leur rayon blanchâtre.
« Il y a bien quelqu’un qui va s’arrêter… on fera le point ensemble, on appellera peut-être les flics… c’est pas normal tout ça ! »
Curieusement, il n’avait pas peur, il se sentait, tout simplement, dépaysé, mais sans angoisse ni appréhensions, un peu comme s’il passait d’une normalité à une autre.
Scrutant les ténèbres, il vit trois ou quate chats qui, en faisant des bonds, se  poursuivaient l’un l’autre pour disparaître ensuite en bordure de l’aire de stationnement. Il retint la vision de leurs yeux rouges pareils à des flashes mitraillants les ténèbres.
Il se gratta longuemment derrière l’oreille.
Le gobelet de café en main, il choisit un sandwich au thon, l’extirpa de son emballage en cellophane et le mit en bouche.
Infect !

c1

Il avait pourtant l’air bien frais et la mayonnaise était tentante, mais il dut cracher la première bouchée.
Et puis ce gobelet, dans lequel flottait ce café dont il avait rêvé en voiture ne lui disait plus rien… pas envie d’en boire la moindre gorgée.
« C’est quoi tout ça ?... »
Il déambula tout au long des présentoires de biscuits, chocolats, bonbons, boissons. Tout y était en place, bien présenté, prêt à servir…
Tout sauf le rayon d’aliments pour chats… il était dévasté !
A terre, gisait une barquette de pâté Ronron éventrée. Il put voir sur l’emballage les traces de griffes qui l’avaient déchiré.
Machinalement il trempa un doigt dans ce qui restait de pâté et le mit en bouche.
« Je deviens dingue – réalisa-t-il – voilà que je goûte cette saloperie ! »
Alors il se mit à crier : « Y a personne ? ». Une fois, deux fois… mais dut s’arrêter à la troisième, cela lui demandait trop d’efforts, le son ne sortait plus.
Il fit un tour par les toilettes, dérangeant trois ou quatre chats qui se coursaient, constata que, là aussi, il n’y avait personne et que tout était en ordre à part le robinet d’un des lavabos qui laissait passer un mince filet d’eau froide où les chats avaient dû s’abeuvrer récemment.
« Bon, je me tire… Je vais devenir fou. A la prochaine aire de repos, j’appelle les flics ! »
Soudain, il réalisa qu’il avait un téléphone portable dans la poche de sa veste et qu’il serait sans doute opportun d’appeler directement la police, sa femme ou n’importe qui.
Il le prit, contempla le mince boîtier noir et, d’un geste las, le laissa choir à terre.
Alors, sans plus réfléchir il quitta en courant la station-service.

c3


Dehors, il se forçat à rester calme, à marcher lentement vers sa voiture, à ignorer des miaulements hystériques qui semblaient le poursuivre, à espérer, malgré tout, qu’une voiture arrive, se gare et que la vie reprenne son cours normal.
Il prit machinalement les clés, s’appretât à ouvrir la portière, se retourna et la vit !
Elle était au pied d’un buisson et le regardait de ses magnifiques yeux d’or, révélant une pelage uniforme bleu-gris et brillant. Elle l’attendait, moustaches hérissées, yeux enjôleurs, dos rond, queue en l’air.
Prête…
Soumise…
Désirable…
Il n’eut pas un regard pour sa voiture, ni pour les clés qui gisaient à ses pieds. Sans réfléchir, sans savoir quoi il se précipita à sa suite dans le buisson.

Bahia2


Pour Bahia, ma chatte favorite...

 

14:35 Écrit par Dim's dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

pourquoi ne pas raconter au présent ?

Écrit par : umabel | 13/10/2007

Les commentaires sont fermés.