13/04/2008

Retour de flammes.


C’est vrai que l’on passe parfois d’un monde à l’autre entre Lower East Side et Broadway.
A l’extrémité de Manhattan, près des Nations Unies, on peut encore, en y regardant de près, contempler quelques demeures anciennes, quasi victoriennes, aux balcons chargés de géraniums frais dédaignant de leurs deux étages les gratte-ciel arrogants qui les toisent depuis leurs hauteurs.
Dans les allées vertes du bas, il y a des garçons et des filles à bicyclette qui roulent deux par deux à toute allure en riant, tout comme, un peu plus loin dans East River Park d’autres courent, s’essoufflant dans leurs tenues polychromes.
Je prends vers l’Ouest, vers Union Square et delà me dirige vers Broadway.
J’aime assez ce boulot  de chauffeur de taxi. Boulot d’appoint, pour dire vrai. Je remplace les pros de temps à autre le matin ou l’après-midi. Cela me change du snack et entretient la validité de ma licence acquise durement voici dix ans...on ne sait jamais. Au début  de ma carrière de chauffeur je travaillais tout le temps. Comme un dingue ! Et puis il y eut cette nuit où, à l’angle de la troisième avenue et de la 70em rue Est, deux junkies m’ont braqué et tabassé.
Une fois m’a suffit, j’ai laissé tomber la nuit. Angela, aussi, n’en voulait plus. Elle avait épousé un homme pour l’avoir dans son lit m’a-t-elle dit, pas pour qu’il se promène les jours sans lune entre Manhattan et le Queens.  C’était l’époque où elle avait encore ce corps d’adolescente tout juste pubère qui me mettait dans des émois rares et excitait ma jalousie. Alors j’ai décroché du taxi et nous avons acheté ce snack, Angela et moi. Un snack plutôt crade dans la 10em avenue, entre la 57em et la 53em rue Ouest. Angela’s Place qu’on l’a appelé. Elle aurait voulu que ce soit mon nom américanisé qui soit à l’enseigne : « Harry’s Place », mais j’ai pas voulu. Je m’appelle Henri ! C’est tout ce qui me reste « d’avant » et je tiens à le garder !
On a mis une petite affiche près de l’entrée : « Se habla espanol ! », « On parle français ! », mais cela n’attire pas vraiment les touristes. Eux, ils font un petit tour discret , et puis s’en vont   à la manière de voyeurs honteux.
Le vacarme dans la rue, les drogués gisant parfois à même le sol, les sirènes des ambulances et des flics qui se mélangent dans une cacophonie stridente, les dealers qui ne foutent la paix à personne, les putes en plus...tout cela ne retient pas le chaland. Il vient s’encanailler, contempler une plage sociale de New-York à l’opposée de la sophistication luxueuse de la cinquième avenue distante d’à peine cinq cents mètre et retourne vers les feux de Broadway et ses tentatrices créatures, reines des peep-shows multicolores qui s’alignent de part et d’autre de Times Square.

 


 

C’est à tout cela que je pense en conduisant le taxi. Je ne suis pas du genre à parler aux clients. Et puis, parler, il faut le vouloir; entre eux et moi, il y a une vitre pare-balle et un grillage en sus. Pas de quoi favoriser l’intimité. De toutes façons, je ne suis pas causant, c’est bien là mon moindre défaut. A vrai dire cela fait des années et des années que je ne cause que quand il le faut absolument. Le présent, pour moi, est déjà mort, comme l’est le passé ! Reste le futur, dont on ne peut appréhender que l’instant fugace qui arrive. C’est ça mon monde, celui qui va venir dans la seconde, un peu comme une ombre précède une présence. Le monde du « sentir », celui de l’intuition. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, j’ai pas fait d’études, mais j’ai beaucoup lu et je lis encore. Angela me le répète sans cesse : « Tu lis trop et ne parles jamais ».
Autrefois, quand elle avait encore sa ligne juvénile et ses sautes d’humeur elle pouvait, à ce propos,  me faire des scènes d’autant plus violentes que j’y opposais une indifférence et un silence quasi provocateurs.
Depuis qu’elle suce des bonbons toute la journée et consomme des chips en regardant des sitcoms à la télé les choses ont évolué comme son profil.
Je ne me pose donc pas trop de questions et regarde toujours une seconde devant moi. Remords et regrets ne font pas partie de mon vocabulaire. Je suis un homme très ordinaire n’était-ce cette lucidité presque cynique avec laquelle je contemple la vie qui, comme vous l’avez tous appris, n’est « qu’une ombre passante qu’un acteur minable agite le temps d’un instant dans une pièce contée par un  fou et ne signifiant rien !".
Je sais bien que quelque part « un œil noir me regarde» et je m’en joue, sans haine et sans peur. Un jour viendra où il me faudra peut-être rendre des comptes mais cela ne m’empêche pas trop de dormir.
« Tu es trop Européen » me dit souvent Angela qui compte chaque maigre sou de l’escarcelle du snack. Elle me le dit en espagnol car, c’est bien comme ça New-York où l’on parle toutes les langues du monde et les vit au quotidien. Et Angela est Portoricaine ; alors, dans cette Babel contemporaine, je lui parle espagnol. Un jour, elle retournera à Puerto Rico, elle épargne pour. Elle y a trouvé un terrain qui lui plaît, elle s’y voit déjà dans un petite maison à l’ombre d’un palmier entourée de chiens et de chats et moi dans le lot !...
Je l’ai connue quand elle avait dix-sept ans. Elle habitait, comme moi, le Queens.
C’est dans l’ascenseur que je l’ai embrassée pour la première fois. Bien vite elle fut dans mon studio et, petit à petit,  son corps n’eut plus aucun secret pour moi. J’ai passé cette année là un été caniculaire à apprendre sa langue sur  toutes les parcelles de sa peau brune, et à l’initier dans un monde qu’elle a, caresses après caresses, toute pudeur envolée, fait sien totalement à la manière fougueuse et un peu sauvage des filles de sa race.
Ce fut pour ne pas perdre ce rôle gratifiant d’initiateur que j’ai bien vite cédé à l’insistance à peine menaçante de son frère, Ricardo, de l’épouser et du même coup de m’intégrer totalement dans sa famille et dans sa ville grâce à cette fameuse « green card » qui me fut acquise d’office !
Quinze ans plus tard, nous voilà toujours ensemble, louant un petit appartement dans le Queens, à deux étages du beau-frère et quatre de la belle-mère. Sans enfants aussi !
Est-ce le manque d’enfants qui l’a rendue accroc aux bonbons et, petit à petit, allergique au sexe ? Je le pense. Pourtant c’était pas ma faute, les examens étaient formels, elle seule était totalement stérile, moi pas ; mais, cela, je le savais.
Pauvre Angela ! Pour elle et sa famille c’était comme une négation de sa féminité. Elle a pas pu accepter !
Tous les docteurs, charlatans, mages et autres neuvaines à St Patrick n’y ont rien changé.
Parfois je me disais que le sort était injuste pour elle, qu’il la faisait payer à ma place une dette pour laquelle elle n’avait pas à répondre.
Le mari parjure, bigame, menteur, dissimulateur, c’était moi ! Moi, qui avais produit de faux papiers, apporté des témoignages bidons, qui ne lui avait jamais dit qu’un enfant,  j’en avais eu un, autrefois, presque dans une autre vie comme je me le représentais...toujours une seconde d’avance, Henri, compris !
Alors Angela a déprimé, elle a pris un chat qui n’est pas resté très longtemps et des kilos qui ne sont  jamais partis et qu’elle entretient à coup de bonbons, ice-creams et hamburgers graisseux à souhait de notre snack.
Je gare la Chevrolet dans le parking de Stacy, mon patron et pointe auprès de John, l’employé Sick comme son nom ne l’indique pas et puis m’en vais à pied de la 48em rue Est vers Broadway et la 10em avenue. En chemin je m’arrêterai chez Nick, le  Grec, qui tient un bar et y boirai un bourbon on the rocks, le premier de la journée. A cette heure il n’y aura pas grand monde et nous aurons le temps de causer, d’échanger quelques potins et de nous refiler des tuyaux pour les paris du base-ball. Gentil, Nick !  Anagnostopoulos, son nom de famille.
Gentil même s’il est un peu menteur et maquereau sur les bords, mais bon, ici c’est une jungle, alors chacun pour soi. Je sais qu’au bout de mon verre il me tendra un chewing-gum à la menthe pour cacher l’odeur en me disant : « A penny for your thoughs ! » Il éclatera de rire et comme à chaque fois, je sourirai avec l’air bête d’un gosse pris en défaut.
Je traverse Broadway , ses bars, gogo-girls et putes de tous les sexes dans la chaleur de l’été newyorkais.
Chaleur humide qui colle aux vêtements, rend chaque geste lourd et confond les pensées. Je marche lentement, m’étonnant à chaque fois du spectacle qu’offre la rue ; limousines sombres et interminables snobant la circulation dense mais disciplinée, hordes de touristes parlant tous les idiomes, venus de tous les pays, issus de toutes les races, vertus et tares de la terre, vendeurs ambulants ânonnant les qualités de leur marchandises bigarrées et inutiles, demi-mondaines provocatrices devant les magasins de lingerie à la mode et pseudo intellectuels à l’accent de Boston faisant la queue pour réserver leur place pour le dernier spectacle à voir absolument avant les autres.
« What is this thing called love ?» susurre  langoureusement une radio locale diffusée depuis un bar et personne, bien sûr, ne répond sinon cet évangéliste minable qui, du trottoir d’en face, n’en finit pas de m’assurer que « Jesus loves you ! ».
Lui fait concurrence un peu plus loin, Ali, mon nègre favori ! Il vend, à même la rue, des poupées de bois et, musulman fidèle, enveloppé d’une ample gandoura fait ses salamaleks cinq fois par jour dans les règles de sa foi. Mon voisin du snack, l’épicier  Coréen, Kim, reste impassible devant toute cette comédie, il ne dit rien, ne pense sans doute rien, il doit compter à la place, c’est un Américain ! Un vrai !
Je rentre dans le snack où Angela s’active autour de la cuisine. Il n’y a pas grand monde hormis Joe, le semi-clodo du coin qui, de sa bouche édentée, mâche un muffin tout en sirotant un Pepsi. Il est tellement présent, Joe, que c’est devenu, chez nous, une institution. Un peu plus propre, un peu moins grossier, on pourrait le prendre pour le mari  ou l’amant d’Angela . Mais bon, j’affabule !
Il flotte dans l’air, mal conditionné, une odeur  particulière de graisse surchauffée et  de frites mélangées à des détergents, cocktail unique qui s’imprègne dans les corps et vêtements !
Daisy, une petite pute de chez Nick, me disait qu’elle n’avait pas besoin de se retourner pour savoir que j’entrais dans le bar. Rien qu’à l’odeur, elle me reconnaissait ! Après, dans sa chambre, elle me faisait prendre une longue douche avant de me concéder une extase négociée.
J’en étais là quand ils rentrèrent, les quatre jeunes gens de la veille. Des touristes qui étaient passés vers dix heures du soir, juste avant la fermeture, et qui avaient consommés largement.
Ils parlaient, entre eux, français. « Chicos de Francia ! » m’avait dit Angela d’un air racoleur  me pressant de les servir. Moi, j’avais vite compris qu’ils ne venaient pas de France, c’étaient des Belges, j’avais reconnu l’accent , et pour cause !
Alors, instinctivement, je m’étais fermé comme une huître apeurée !
De retour chez nous, ils avaient été l’occasion d’une discussion vive entre Angela et moi qui m’avait reproché de ne pas leur avoir adressé la parole en français « Ni siquiera una sola palabra en francès ! » ajoutant que je n’avais vraiment pas la fibre commerciale et que mon attitude réservée ferait fuir plutôt qu’attirer la clientèle. J’ai rien répondu ! Qu’y avait-t-il à répondre ? Que l’intrusion de ces quatre jeunes de vingt ans réveillait en moi des souvenirs sinon des remords et encore moins des regrets ?
Cette nuit là, j’ai mal dormi, j’ai rêvé  de grands oiseaux aux ailes de chauve souris  qui planaient haut dans les airs et faisaient des cercles de plus en plus concentriques au fur et à mesure qu’ils perdaient de l’altitude. Ils allaient me tomber sur la tête quand je me suis réveillé en nage. Angela a grogné et s’est retournée sur le côté en soupirant.
Puisqu’ils étaient là, autant les affronter ces jeunes gens, ce n’étaient pas, après tout, les cavaliers de l’Apocalypse. Foin de fantasmes ! Je me suis dirigé vers eux avec les menus et un sourire de circonstance et leur ai dit en français :
« Hello !, comment allez-vous aujourd’hui ? »

 


 

 

           

 

Ai-je jamais aimé Josiane ? Voilà la bonne question que je ne me suis pas posée. On ne m’en a pas laissé le temps. Et puis, c’est quoi cette chose qui s’appelle l’amour ? Cette « folie si discrète » comme la qualifie le poète. Il faut, sans doute,  être vieux au bout d’une vie assumé  consciemment pour oser y répondre ou bien être le génie que je ne suis pas !
Elle avait dix-neuf ans quand elle est tombée enceinte, c’était l’époque où la pilule n’existait pas. Les filles qui couchaient le faisait à leurs risques et périls. Les jeunes gens aussi
J’étais étudiant en deuxième année de Lettres, et j’ai pas très bien réalisé au bout de trois mois d’aménorrhées que j’allais devoir l’assumer cette grossesse, que je devais épouser Josiane !
Elle était blonde aux yeux très bleus, menue, gentille et fille unique d’un veuf, huissier de justice empâté et imbu de sa personne. Elle habitait un village à une quarantaine de kilomètres de Bruxelles, un de ces villages propres où les maisons se pressent autour de l’église et qui voit chacun épier son voisin derrière les voilages immaculés des fenêtres.
Nous nous étions rencontrés à un bal champêtre, Josiane et moi et, bien vite, je fus le premier à inaugurer son corps gracile qu’elle m’offrait timidement en fermant les yeux, me prenant dans ses bras et s’excusant de ne pas avoir une grosse poitrine, m’assurant aussi, que jamais elle n’aurait de la cellulite ni ne prendrait du poids comme les autres femmes casées. Elle me rendait mes caresses avec une touchante application d’écolière sérieuse.
Elle était comme ça, Josiane !
Que nous disions-nous en dehors de ces heures passées à explorer notre libido toute neuve ?
Je ne le sais plus vraiment, sans doute rien de très transcendant. C’était une gentille fille qui ne se posait pas trop de questions et trouvait que dans la vie les gens étaient bons et l’ordre des choses parfaitement naturel.
Sitôt sa grossesse confirmée, les bans furent publiés et nous fûmes mariés un vendredi matin par le bourgmestre du village et le curé. Ce ne fut pas vraiment une fête. Il n’y avait pas grand monde, seuls mon beau-père et ma mère s’amusèrent. Trois mois après ils se mettaient en ménage ! Peut-être qu’ils le sont encore aujourd’hui, ce n’étaient pas des gens à se débiner, eux !
Les conséquences de mon nouvel état civil se révélèrent désastreuses pour moi. Finies les études de Lettres...de la comptabilité et vite ! Un boulot, encore plus vite. Plus d’amis, plus de poésie; passée la vie d’étudiant s’installe la stricte et monotone réalité ordinaire du quotidien !
Le père de Josiane qui était un client attitré du député du coin me trouva un emploi à la Caisse Générale d’Epargne et de Retraite (garantie par l’Etat !), un organisme où l’on payait mal des employés qui attendaient, stoïques,  une bonne retraite anticipée de trois ans sur le régime général.
Je devins donc préposé au sous-chef adjoint par intérim de la sous-section fournitures de bureau du Service de l’Economat Général de la Caisse Générale d’Epargne et de Retraite (garantie par l’Etat !). J’avais la tâche de contrôler tous les matins la concordance entre les factures d’entrées et les bons de commande d’origine. Je faisais deux piles de paperasses. A ma gauche tous les papiers qui ne présentaient pas de problèmes, à ma droite les autres. La pile de gauche, Anneke, ma subordonnée rousse et flamande, la rangeait, avec soin, dans des classeurs ad hoc et la pile de droite je l’apportais, sur le coup de onze heures à Mr. J. Severin, mon supérieur hiérarchique à qui j’expliquais le pourquoi de mon intrusion dans son bureau.
Mr. J. Severin, dont tout le monde prétendait qu’il touchait des pots de vins, fumait des cigarillos, buvait de la bière, prenait un air important en faisant semblant de m’écouter, cherchait et trouvait immanquablement une faille dans mon discours et puis rangeait tout ou partie de mes papiers de droite à la gauche de son bureau. La suite, je ne l’ai jamais connue et, après tout, elle ne m’a jamais intéressée !
Le problème c’était les après midi ! Nous n’avions rien à faire sinon tuer le temps en papotant avec des représentants odieusement flagorneurs, d’autres lisaient le journal, jouaient à combat naval, racontaient des histoires salaces qui faisaient rougir Anneke quand elle y comprenait quelque chose, ce qui était rare !
Le seul avec lequel j’eus, de temps à autre, une conversation hors du commun était un certain Gustave, gentil garçon de mon âge, un peu alcoolique sur les bords, se prétendant célibataire endurci. Il aimait la musique de jazz, les Beatles et, chose rare, avait, par moment des velléités d’esprit critique. Josiane et moi l’avions invité deux ou trois fois à la maison et nous nous étions bien entendus et amusés.  Josiane, le lendemain  trouvait que ces soirées coûtaient cher quand même, mais c’était bien là sa seule remarque.
Le soir, je prenais le train pour retrouver le village et Josiane qui avait, sur ces entrefaites, accouché d’un fils : Armand !
J’aurais voulu l’appeler autrement. Pourquoi pas Alexis, Nicolas, Max ou Xavier ? Mais il paraît que dans la famille de Josiane le grand-père Armand était un homme fort respectable qui venait de mourir d’un épouvantable cancer du colon et que notre premier-né pouvait bien perpétuer la tradition de son prénom . C’est comme ça en province !
Je pense aujourd’hui que cette ferveur pour les mânes du grand-père Armand était plutôt justifiée par l’héritage, nettement supérieur aux plus optimistes des prévisions, qu’il laissait à son huissier de fils. Il fut donc remercié à titre posthume et à mes dépens !
Josiane, durant ces quelques mois de notre union ne m’a jamais demandé si j’étais heureux. C’est  tout ce que je puis lui reprocher. Moi non plus, je ne lui ai pas posé cette question, oh combien existentielle ! Mais, fallait-il la lui poser ? N’avais-je pas, pour elle, une situation stable dont la carrière se faisait à l’ancienneté, une retraite assurée, quoi vouloir de plus ?
Un jour elle s’est étonnée que je continue à étudier l’anglais : « Ca ne te servira à rien à la Caisse Générale d’Epargne et de Retraite (garantie par l’Etat !) »
Mère, elle s’est sentie directement reconnue, posée, terminée. Pour moi, elle était épuisée !
Au village nous étions le jeune couple envié dont on pardonne facilement la faute originelle qui fait de si beaux bébés et puis, n’avais-je pas un avenir « en béton » comme me le répétait à l’envi mon beau-père qui m’incitait, les jours d’élections, à ne pas oublier « mon bienfaiteur », le député VDB.
Dans le couloir qui, de la sous-section des fournitures de bureau menait à la section de l’Economat Général, il y avait une grosse mappemonde sur pieds. Chaque fois que j’y passais je la faisais tourner au hasard et rêvais aux pays qu’elle me révélait au bout de sa course : les Honduras, Saskatchewan, Birmanie et autres Aléoutiennes au bout de l’Océan...               

 

Ce jour là, je suis sorti du bureau à midi pile. C’était un jour très ordinaire, le ciel était gris, il ne  pleuvait pas et le vent était nul. Je me suis dirigé vers la rue neuve, toute proche, pour y acheter mon journal que je lirais, comme tous les jours, à la Brasserie « Au Renard » sur l’avenue. J’ai senti une drôle d’odeur dans l’air, comme du souffre et puis j’ai vu l’immense colonne de fumée noire qui s’élevait au bout de la rue et gagnait la place B. toute proche.





J’ai seulement réalisé, alors, que les hurlements et les bruits de dizaines de sirènes me crevaient le tympan, j’ai vu les gens qui couraient dans tous les sens en poussant des cris. C’était comme si quelque chose de menaçant était suspendu au dessus de nos têtes, une mort aveugle qui faucherait  quiconque se trouverait à sa portée. Près de moi une jeune fille était étendue par terre sans doute évanouie, plus loin une femme était en proie à une crise de nerfs.
Le ciel, lui, était devenu noir et déversait sur nous une poussière de fibres graisseuses et collantes. Seul le rouge des voitures des pompiers qui, maladroitement et dans un désordre lamentable se frayaient un chemin dans cette rue étroite, tranchaient sur l’obscurité ambiante.
Arrivé au milieu de la rue, je compris de suite l’horrible drame. Le grand magasin « A l’Innovation » dont la façade art nouveau avait été dessinée par l’architecte Horta lui-même, brûlait sauvagement. Des flammes immenses, rouges, ocres et bleues, le dévoraient jusqu’au deuxième étage et, sur les toits, je pouvais voir des grappes de gens agglutinés hurlant aux secours qui ne venaient pas.
Il allait y avoir des morts, des blessés et des disparus. Beaucoup !
Des policiers, privés de toute instruction précise tentèrent de me faire rebrousser chemin sur l’air du « Circulez, y a rien à voir ! », mais je réussis, néanmoins à me rapprocher suffisamment du bâtiment en feu, jusqu'à entendre distinctement les craquements sinistres de la bâtisse prête à s’effondrer.
Subitement,  je n’entendis plus aucun bruit. Plus d’ordres rauques aussitôt contredis sur le même ton, plus de hurlements des rescapés que les pompiers ramenaient au bout de leurs longues échelles. Plus de sirènes non plus. Rien, sinon cette voix sourde et insistante qui me murmurait :
« c’est le moment où  jamais...l’occasion de rêve...tu n’en auras jamais une de pareille...ce sont les dieux qui te l’envoient cet holocauste...qu’attends-tu ? » J’étais fasciné. Au delà des flammes et des douleurs des affres de la mort violente, c’était la mappemonde du couloir qui m’accueillait et elle me dévoilait, pour moi seul, ses plus belles couleurs: océans d’un bleu turquoise, terres de Sienne de Toscane et ces sombres et altières montagnes au bout de déserts nacrés. Voilà des hommes qui me faisaient signes, des hommes fiers et beaux, montants de rares destriers, le pistolet à la ceinture et les éperons flambants au bout de leurs bottes noires et luisantes. A leur suite venaient des femmes orgueilleuses, aux yeux ardents, parées de tuniques aux tons indigo et chantant d’étranges et voluptueuses mélopées. C’était le monde qui n’attendait que moi, la scène sur laquelle je ne serai plus un acteur minable jouant une pièce écrite par un idiot et dont  le monde entier se moquerait !
Une femme secouriste interrompit ma méditation pour me demander si j’allais bien, si je n’étais pas blessé, choqué, brûlé « Alors si vous n’avez rien, vous n’avez, non plus, rien à faire ici ! »
Et puis les voix reprirent de plus belle : «  l’Arizona et le désert de la mort, la pampa et la Patagonie tout au bout jusqu'à la terre de feu ! ».
Tout laisser tomber, tout. Cette dérive médiocre de mort-vivant au milieu des zombies. Recevoir, enfin, la vie, la vraie,  à travers ces flammes purificatrices, être comme un phénix ressuscitant de ses cendres, qui va  à reprendre son envol majestueux vers des cieux accueillants et complices.
« Circulez, je vous dis, circulez... » Je réalisai que c’était un officier de police totalement paniqué qui me menaçait de sa matraque.
Je décidai alors de disparaître et bien vite avant qu’on ne m’arrête et me classe parmi les personnes choquées par ce drame.
Quelqu’un m’a-t-il vu quand j’ai rebroussé chemin pour me perdre ensuite dans les petites rues voisines de la rue neuve (quel nom prédestiné !)  et me fondre dans la foule compacte accourue, curieuse, des quatre coins de la capitale ?
L’incendie de « l’Innovation » a fait 280 morts, une centaine de blessé et quinze disparus, dont moi...


                             

D’emblée, mes menus à la main, je ne me suis pas senti à l’aise. Ils avaient pourtant l’air ravi que je leur parle en français et leur raconte que j’étais vaguement Canadien,  je sentais bien, au fond de moi que, pour eux, c’était comme une confirmation attendue depuis longtemps.
Mon instinct me le dictait.
Ils avaient un air de famille,  comme des frères ou des cousins, tous blonds aux yeux bleus, l’un d’entre eux, sans doute l’aîné, me regardait un peu plus que les autres mais c’était un effet de mon imagination, pensai-je.
Toujours est-il que je ne me suis pas attardé plus qu’il ne faut, j’ai pris les commandes, dit quelques paroles de circonstances, je ne me souviens même plus desquelles , et j’ai rejoins le comptoir aussitôt.
Angela,  souriante, jubilait d’avoir été obéie, c’était plutôt rare et toujours ça de pris.
Je les ai regardé vaguement pendant qu’ils attendaient  leurs hamburgers. Ils devaient avoir, plus ou moins, l’âge de mon fils, et après ?  Pourquoi ce garçon aurait-il été à la recherche d’un père disparu dans l’incendie le plus meurtrier du siècle ? Dans chaque catastrophe il y a des gens qui « disparaissent »,  dont on ne retrouve pas l’ombre d’un bouton de culotte...et dans un incendie terrible comme celui qui m’a vu disparaître, ce n’est pas étonnant, vu la chaleur dégagée, que le moindre des indices ait disparu. Qui aurait pu mettre en doute la véracité de ma disparition ? Josiane et moi donnions l’illusion du couple parfait,  je n’avais pas de dettes, pas de problèmes apparents non plus, alors ?
Josiane a du recevoir bien vite l’indemnité allouée aux décédés et disparus et je sais que pour ces derniers une entorse a été faite à la loi par les compagnies d’assurances qui, normalement, auraient dû attendre trente ans avant de solder les comptes. Quant au reste, je suppose qu’elle s’est remariée et a fait d’autres enfants. Il y a peut-être, dans un coin, une vieille photo de moi dans un cadre, histoire de dire « C’est le papa d’Armand, il est mort dans l’incendie de « l’Innovation - vous vous souvenez de ce terrible incendie n’est-ce-pas. ? -..si c’est pas malheureux à son âge ! »
Et puis rideau, exit le disparu ! Pas de quoi cultiver une paranoïa.
Le jeune blond, l’aîné de la bande, celui aux yeux métalliques me commanda un Pepsi et, une fois de plus, la froide insistance de son regard me glaça.
Ce fut Stacy qui me sauva de mon malaise grandissant. Il téléphonait pour me demander de prendre d’urgence du service, il y avait des dizaines d’Irlandais qui louaient des taxis pour visiter New-York, fallait que je me dépêche.
Angela n’a pas trop apprécié, mais n’a rien dit non plus, après tout c’était du boulot, donc un peu de fric.
J’ai salué les jeunes d’un air faussement enjoué, ils m’ont répondu et je me suis quasiment sauvé. Sur le chemin vers Stacy je me suis arrêté  chez Nick pour m’enfiler un bourbon à toute vitesse, j’en avais fichtrement besoin et cela m’a fait du bien.
Durant toute l’après-midi j’ai sillonné Manhattan avec la famille O’Neil à bord ; Greenwich Village, Soho, Empire State, World Trade Center. J’allais oublier mes Belges et autres affabulations maniaques quand toute l’histoire m’est revenue du côté de Chinatown.

 


 

C’était il y a tout juste un an, en juillet,  j’étais allé faire une course du côté de Little Italy. Passant, à pieds,  par Chinatown, je croisai plusieurs groupes de touristes bigarrés du côté de Canal street. Dans la cohue je remarquai que quelqu’un me dévisageait avec une obstination déplacée. Un touriste affublé, comme les autres, de lunettes noires, appareil photo en bandoulière,  short et T-shirt (« I love N.Y ») et des baskets de champions aux pieds.
Il était chauve et bedonnant, parfaitement typé. Il me rappelait cependant quelqu’un et cela m’intriguait car je ne connaissais pas grand monde en dehors de mon périmètre habituel. J’ai passé mon chemin, indifférent, hostile même, et me suis évanoui à l’angle de Lafayette street.
Le soir, chez Nick, Daisy à ma droite et mon deuxième bourbon à ma gauche, j’ai percé l’identité de l’inconnu de Chinatown : c’était Gustave ! Mon acolyte d’autrefois. Vieilli, grossi, chauve, mais Gustave quand même !
Avec ces foutus vols bon marché le monde entier atterrissait à J-F Kennedy, mais de là à ce qu’il me découvre ou croie me découvrir à New-York, tellement d’années après les faits, c’était jouer de malchance. M’a-t-il reconnu ? J’avais pas tellement grossi depuis l’époque,  mes cheveux étaient toujours là  mais grisonnants, la peau tannée et le visage marqué  de profondes rides.
Et puis il y avait mon regard, complètement changé depuis ce temps là. Angela me l’avait plusieurs fois déclaré, j’avais le regard d’un fauve,  « tienes ojos de una fiera », d’un fauve sur le qui-vive. Daisy aussi me disait aussi d’en finir avec mon regard de loup furieux et de mes autres tics comme celui de m’installer toujours devant l’entrée d’une porte.
Serait-il rentré chez lui, Gustave, clamant haut et fort qu’il m’avait retrouvé en Amérique ?
Qui l’aurait cru ? Quel intérêt ? C’est ma paranoïa qui me soufflait, une fois de plus,  toutes ces suppositions hallucinantes. Qui se soucierait encore de moi ?
Et ces jeunes gens dans la force de l’âge, ils avaient certainement autre chose à faire que de s’intéresser à un paumé dans mon genre. Car la vérité, il faut bien  l’avouer, était là dans toute sa cruelle évidence, j’étais un paumé, un « loser », comme on dit ici !
Paumé en Europe, paumé en Amérique,  la retraite en moins ; une petite blonde par là , une grosse brune ici ;  fonctionnaire glandeur devenu restaurateur minable. Filles de bar à la sauvette comme les bourbons de Nick et pas plus de poésie à l’horizon que dans le « Wall street Journal ».. Ces hommes fiers qui me tendaient leurs bras en souriant dans ma vision de la rue Neuve n’étaient que des petits immigrants laborieux et égoïstes, chasseurs de « green cards », maquereaux à la petite semaine, indicateurs de police et loubards inoffensifs. Les femmes, elles, fonctionnaient selon le principe qu’une jolie fille qui se couche toute seule ne devient pas riche, mais, là aussi, elles se plantaient !
Les altières montagnes, cathédrales des cieux, étaient, ici, des gratte ciel, phallus insolents et exhibitionnistes des fortunes des riches accentuant par leur seule présence écrasante la frustration de ceux qui rampaient  à terre, les ailes coupées, comme moi.
Et l’océan turquoise n’était qu’un dimanche ou deux par été à Coney Island, sa kermesse et ses flons-flons tapageurs et populaires.
Pour un homme qui prétendait n’avoir pas de remords ni de regrets et de vivre dans la seconde qui vient, j’étais, cet après-midi,  au tapis comme un boxeur sonné.
Les O’Neil n’ont pas dû trouver fort sympathique ce chauffeur qui, de l’après-midi, n’avait pas déserré les dents et le pourboire s’en est ressenti.
J’ai rendu le taxi à Stacy sur le coup de dix-neuf heures et pris un double bourbon chez Nick.
« T’as pas l’air dans ton assiette ! » me dit-il.
« La chaleur, Nick, la chaleur...et le taxi tambien ! »
Il me refila, comme d’habitude le chewing-gum de circonstance, me tapota l’épaule et me dit gentiment : «  Allons, Henri, remets-toi et puis, n’oublies pas que lundi ta Daisy revient ! »
Son éclat de rire franc m’accompagna jusqu’au snack où je m’affairai avec Angela jusqu'à vingt-deux heures. C’est le moment où il vaut mieux fermer si  l’on souhaite éviter les mauvais garçons, les bagarres, les clodos qui paient pas et les drogués qui s’endorment sur leur chaise. Angela souhaitait faire la fermeture avec moi, mais je la pressai de prendre le métro, j’aspirais à un peu de solitude pour remettre de l’ordre dans le snack et mes pensées, me calmer et - pourquoi pas ?- prendre un dernier verre chez Nick.



Angela était contente, la recette avait été inespérée ce soir, elle l’enferma soigneusement dans le petit coffre de la remise tout en me signalant que le congélateur de la même remise devait être absolument contrôlé avant la fermeture, que, déjà, l’alarme s’était déclenchée et qu’il fallait absolument que je fasse les procédures de contrôles d’usage.
Elle sortit et disparu dans l’avenue où les néons criards des enseignes lumineuse narguaient cette nuit sans lune.
J’allais fermer le snack dont les lumières, déjà, étaient en veilleuse quand une voix que je reconnu aussitôt me demanda sur un ton exagérément poli et en français:
« Pourriez-vous nous dépanner avec quelques Pepsi et sodas, Monsieur ? »
C’était le Belge de cet après-midi, l’aîné de la bande comme je l’appelais, celui avec les yeux métalliques et le regard inquisiteur. L’intonation de son « Monsieur » me fit frémir, je me vis pâlir et sentis mes mains trembler. « Voilà la paranoïa qui me reprend »  pensai-je.
« Le distributeur de notre hôtel est en panne et comme nous vous connaissons, j’ai pensé que vous pourriez nous dépanner, Monsieur »
Il me racontait des histoires...son hôtel, Angela me l’avait dit, était le « Wilson » à cent mètres d’ici et il y avait, sur son chemin, au moins quatre marchands ambulants de boissons glacées. Il n’avait rien à faire ici, cela sentait le coup fourré à plein nez.
J’étais tétanisé. Je remarquai qu’il était plus grand que moi et son sourire un peu crispé me révélait des canines aux découpes acérées, vampiresques mêmes, un peu comme les miennes...il plongeait son regard dans mes yeux et, comme s’il devançait mon objection, ajouta :
« J’ai apporté un sac en plastique pour les emballer, Monsieur »
Là dessus l’alarme du congélateur s’est mise à sonner, il fallait que je bouge, que je fasse quelque chose pour me débarrasser de sa présence inquiétante.
« Occupez-vous de cette alarme, je vous en prie, j’ai tout le temps » s’empressa-t-il de me dire  accentuant son sourire.
Je me dégageai de son regard comme une loutre  apeurée de celui d’un cobra, bredouillai quelque chose que j’ai oublié depuis et pénétrai dans la remise.
Il me fallut à peine une minute pour procéder aux opérations de mise sous contrôle du congélateur, après quoi je me dis que je servirai le jeune, et vite, avant de l’envoyer au diable une fois pour toute.
C’est à ce moment que j’entendis, assourdi par la porte de la remise, un bruit mat dans le snack, comme un pétard mouillé qui explose. Je voulus sortir mais la porte était coincée, j’étais fait comme un rat !
« Voulez-vous m’ouvrir la porte, s’il vous plaît » criai-je.
Pas de réponse.
Surexcité, en nage, je devinais qu’un danger grave me guettait, je le percevais jusqu’au bout de mes articulations et sentis que, cette fois, je ne pourrai pas filer en douce comme tant de fois je l’avais fait.
Un mince filet de fumée s’infiltra par dessous la porte. Il y avait le feu !
« For God’s sake, open the door ! »
La fumée pénétrait de plus en plus dense dans la remise, j’entendais, dans le snack de soursds craquements qui me ramenaient quelques années en arrière.
« Pour l’amour du ciel, sauvez-moi ! » m’entendis-je hurler avant de me coucher sur le carrelage pour éviter la suffocation. Toutes les lumières s’éteignirent subitement, le congélateur émis une espèce de râle et son alarme autonome se remit à siffler durant quelques instants avant de mourir elle aussi .
J’entendis au loin, très loin, les sirènes des pompiers, mais étaient-ce les pompiers de New-York, n’étaient-ce pas ceux d’ailleurs...d’avant...de ce monde que j’avais cru fuir et qui me rattrapait aujourd’hui ?
Des grondements dans le snack me firent comprendre que les flammes l’achèveraient bientôt et que moi aussi j’allais y passer comme un vulgaire hamburger à 25 cts.
Je m’accrochai désespérément au sol de la remise et réalisai, dans un éclair de lucidité rare, toute l’ironie de mon destin.
Le Gustave de l’an dernier, il l’avait épousé, Josiane... lui avait sans doute fait des gosses...elle devait être avec lui à New-York quand il m’a reconnu. Tous m’avaient rejoint au terme de ma course folle qui allait finir pour moi à la manière d’un insecte qui se consume au bout d’une allumette...
Les pompiers dans quelques heures retrouveraient, c’est sûr cette fois, mon cadavre calciné dans cette misérable position de foetus qui n’a rien à voir avec le phénix renaissant de ses cendres. Les miennes seront encore chaudes et mélangées à celles des débris synthétiques qui encombrent le quotidien des mortels.
Dans un dernier effort j’essaie d’apercevoir au bout de ce trou noir des ombres familières, celles de mes nobles cavaliers de jadis et de leurs femmes ondoyantes m’escortant vers des vallées heureuses et fertiles,  mais il n’y a rien sinon ce tourbillon qui m’aspire loin, très loin, au-delà d’Orion, des Pléiades et autres galaxies étranges, vers un néant glacé.

 


 

 

 

 

 

                                            


 

 

Texte déposé à la Société des Gens de Lettres (Paris, 2007)

 

13:45 Écrit par Dim's dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |